Culpabilité ...

Culpabilité ...
... dans une perspective humaniste.
En effet, la honte et la culpabilité ce n'est pas agréable du tout. En même temps, elles me renseignent qu'un besoin vital est là et que je ne me l'autorise pas à l'exprimer. Par là, elles sont précieuses et j'invite à regarder quel besoin j'ai comblé et dont j'ai honte de l'avoir comblé.
La honte est feu : dans le rapport à l'idéal, à la vision, à soi-même, à ce qui fait "bien/mal" (moral), ...
La culpabilité est terre : dans le rapport à l'autre, aux autres, à ce que j'ai fait.

La culpabilité/la honte est une combinaison de différents pièges assaisonnés d'un poison. Elle ne fait pas qu'entraver, elle tétanise et ronge de l'intérieur. Si je n'en prends pas garde, elle peut se transformer en marais, en bourbier dans lequel ma vie s'enfonce et s'embroube inexorablement. En comprenant mieux les articulations de chacun des pièges qui la composent ainsi que les articulations croisées, je reprends du pouvoir pour sortir du marais.

Voici les différents pièges qui s'y cachent :

1) Jugement sur soi, l'autre, sur la situation, la vie : "Je suis un égoïste, je devrais ..."

2) Croyance, préjugé sur soi, l'autre, sur la situation, la vie : "Mes enfants (mes employés, mes parents etc) ne vont pas y arriver seuls. Il faut que je ...".

3)Pensée binaire :"Pour prendre soin des autres, il faut se couper de soi"


4) Langage déresponsabilisant :" Il faut, c'est comme ça ,en tant que bon père, bonne mère, bon prof, je dois ..."

Pièges résultants des conditionnements à l'éducation "je t'aime si" :

Faire : "Je crois que je suis aimé pour ce que je fais et non pour ce que je suis. Donc je devrais encore faire ceci ou cela, ceci et cela ..."

Insécurité affective par manque d'estime de soi et par dépendance au regard des autres : "Je devrais faire ceci ...Sinon qu'est-on va penser de moi ?"

Non accueil de la différence et de la spécificité : "Tous les autres font ainsi. Donc ce n'est pas bien de faire autrement".

Difficulté à entendre/exprimer un refus : "Quand je dis oui alors je pense non, je me sens coupable vis à vis de moi meme de ne pas me respecter. Et quand je dis non alors que je pense non, je me sens coupable vis à vis de l'autre parce que ce n'est pas gentil pour lui." Quand j'entends non de la part de l'autre, je me sens coupable vis à vis de lui parce que je n'aurais pas dû lui adresse la demande : je l'ai dérangé, il va m'en vouloir... Je me sens aussi coupable vis à vis de moi parce que je m'écrase tout de suite sans oser pousuivre l'échange fermement et sereinement."

Difficulté à cohabiter avec les émotions agréables et désagréables, parfois apparement contradictoires et à les comprendre pour les utiliser avec satisfaction : "Je ne peux me réjouie que mon couple aille bien puisque ma meilleure amie divorce et mon père se meurt".

Quand s'enclenche-t-elle ?

Nous nous jugeons souvent coupables lorsque nous nous sentons partagés entre des émotions et des besoins pas faciles à vivre en même temps : besoin d'écouter et de m'écouter.

Nous nous jugeons souvent coupables lorsque nous avons l'impression d'avoir "failli à notre devoir", c'est-à-dire lorsque nous sommes dans la confusion par rapport à nos responsabilités et à celle des autres.

Rappelons que gentils garçons et filles, nous avons appris à nous sentir confusément responsables des émotions et besoins des autres qu'ils ne se privaient pas de nous le rappeler avec ses "tu" :

"Je suis triste quand tu fais ceci ..." Donc pour que l'autre ne soit pas triste, je dois faire autrement et me juge coupable d'avoir mal agi, d'avoir mal été.

"Je suis en colère quand tu dis ça ..." Donc pour que l'autre ne soit en colère, je dois cesser de faire ceci ou cela et je me juge coupable, honteux d'avoir mal fait.

Être heureux, ce n'est pas nécessairement confortable, Th.D'ansembourg.

# Posté le vendredi 12 septembre 2008 15:40

...

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Contre un arbre,une flèche d'Eros dans le coeur avec le rêve qu'une princesse me prend ma main et dit "t'es my héros, l'homme de ma vie, je te suis peu importe le contexte, ton âge, ton passé, tes blessures, tes ombres, tes attentes, tes projections ... je suis avec toi inconditionnellement"

A propos : les rêves sont tout à fait réalisables ... incarnables et rêver, c'est déjà mettre en mouvement ce qu'il est ...

# Posté le mercredi 10 septembre 2008 15:47

Modifié le mercredi 10 septembre 2008 16:04

Merci ! Hommage à mon analyste !

Merci ! Hommage à mon analyste !
En entrant en (lapsus : chez !) Antoine, j'entre dans le temple dédié à Psyché et Eros où chaque objet a une histoire et une âme ; où les c½urs se livrent, se délivrent. Un espace hors de cette réalité où mon âme sent la chaleur de l'été. Un vase alchimique où dansent les répliques. Sans qu'il ne radote, j'aime les entendre ainsi que ses anecdotes qui témoignent de qui il est, de son caractère, de son destin. Un jour, il fermera ses yeux. Rien que d'y penser m'émeut. J'ai peur de le voir mourir, de voir son Eros partir. Avec lui, je me sens en résonnance et je frémis devant la douce abondance de son c½ur qui parle avec tant de ferveur. Antoine, c'est mon âme s½ur. Vieux sage et vieux sot, je bois chacun de ses mots. La communion est mystique, ... aïe la flèche d'Eros qui me pique ! Il m'initie à l'humour dit dans l'amour sans détour.
En sortant de chez Antoine, tel Horus, j'ai une autre vision de moi-même, des autres, des dieux et de la vie. Après avoir franchi sa porte pour revenir dans ce monde, j'ai envie de dire bonjour à tout le monde, aux moineaux, aux blondes, aux hommes, aux vieillards, aux enfants, aux femmes, aux plantes, aux animaux, au ciel et à la terre eux mon père et ma mère. Mes yeux se sont arrachés au contact de qui il est. Car, oui, dans cet espace sacré, j'ai pu complètement m'abandonner, être qui je suis sans être juger. Avec lui, je sens les dieux me transformer et la joie m'emporter.


# Posté le mercredi 10 septembre 2008 03:10

Un jour de St-Nicolas ... en 2007 :

Un jour de St-Nicolas ... en 2007 :
... ce soir, je vais vous conter ce qu'il s'est passé ... ce soir lol!
je suis assis à la cuisine en train de surfer sur le net avec joie et légèreté (comme le surf ? J'en ai jamais fait je ne sais donc point juger et ne connais point cette expérience).
Mon père arrive. Il me parle de choses et d'autres et puis demande que je sorte parce qu'il va manger et qu'il a besoin de calme. Je lui dis que j'ai envie d'être avec lui. Il me dit "dégage". Je lui réponds : "tu veux être seul ?" Il me répond : "OUII!". Il me redemande de sortir : "Je lui dis que je reste". Il me fait "Je vais claquer le pc par terre!". J'entre en pleurs me couche comme un enfant qui veut protéger son nounours sur le pc portable dont il vient de claquer à moitié le clapet. Je sens alors une colère monter en moi. Je lui dis alors "Tu as été à Auschiwtz il n'y a pas longtemps. Les nazis voulaient faire le ménage et pour cela ils enlevaient et cassaient les objets des gens. Puis ils les éliminaient. Vois-tu, cela commence entre 2 personnes et puis c'est au sein d'un groupe, puis d'une société et enfin du monde entier. je veux de la conscience là-dessus : l'histoire se répète si je ne reconnais le nazi qui est en moi ! Je veux trouver une entente qui te convienne et qui me convienne." Il me répond "Ah bin oui, c'est ça, n'importe quoi, tu dégages fait où je claque ton pc." Je me lève d'un bond et le regarde dans les yeux. Je lui dis "Avant de casser, le pc, tu auras à me taper dessus". Je me sens alors dans une énergie mélangée de tristesse et de fureur. La fureur est canalisée, je ne la subis pas. Il recule d'un pas, me tourne le dos et continuer à préparer son repas. Il me dit alors : "Je compte jusque 15. Si a 15, tu n'es pas sorti, je ne t'aide plus pour Lille et tu ne pourras plus te former à la thérapie et je ne reviendrai pas dessus". il a compté. Je suis resté. J'ai gardé le silence. J'ai attendu 20 secondes puis je suis parti, tétanisé, choqué, abattu et furieux pour aller chez ma psy. En quittant la pièce, j'ai dit "Je veux une relation de gratitude avec toi. Si tu me donnes ton soutien, je te demande de le faire sans rien attendre en retour. Un papa, c'est là pour protéger et soutenir son enfant. Il n'est pas là pour le frapper et casser les affaires qui lui appartiennent. Je veux une relation de confiance, dans le gagnant-gagnant".
Chez ma psy, j'ai été écouté, j'ai posé et déposé toute ma tristesse et ma colère. Je refuse d'intégrer un modèle parental qui use du chantage pour arriver à ses fins, qui donne pour recevoir et qui se sert du don pour ensuite emmener l'autre où il le veut. Bon sang, le soutien, je peux le trouver ailleurs que chez lui ! Je rentre chez moi. Pendant la thérapie, une paix intérieure, une vibration a émané dans le bas du bassin. C'est doux et puissant. Je me suis senti en intégrité avec mes valeurs et j'ai agi dans ce sens. Je suis fier et quelque part fou de m'être interposé au risque de me prendre un coup de poing. Je rentre confiant. Je partage mon vécu à ma mère et enfin à ma soeur. Enfin, je vais trouver mon père. Je lui dis "Je voudrais discuter posément et calmement avec toi de ce qu'il s'est passé tout à l'heure. Tu as 5 min pour parler ?" Il me répond "Oui". Je lui dis que je veux une écoute, un dialogue entre nous. Je veux une relation gagnant-gagnant. Il me dit alors son besoin. Dans ma vie, je remarque que quand je suis authentique ça stimule l'autre à l'être aussi. Il me dit alors, triste, "je reconnais que je me suis emporté et je retire tout ce que j'ai dit". J'ai reçu une émotion et, dans mon élan soudain (Eros?!), je me vois aller vers vers lui porté par je ne sais quel souffle. Je le prends au cou et lui dit en pleurant "tu vois qu'il y a moyen de s'entendre l'un l'autre".

C'est avec émotions qu'alors tout s'éclaire. Une connaissance non intellectuelle, non-mentale vient alors à moi : je comprends ce que j'ai été chercher chez les nouveaux guerriers : m'affirmer, me positionner, respecter mes limites, persévérer et "comment traverser un conflit en étant en intégrité avec mes valeurs profondes (non-violence : harmonie entre la vie et les moyens, empathie pour soi et l'autre) ?". C'est cela le travail du guerrier. Les hommes qui m'ont initié m'ont expliqué comment faire, j'ai vécu le comment faire, j'ai vu comment être juste avec soi-même et donc avec l'autre. Mon père n'a pas appris cela. Comment voulez-vous qu'il me donne ce dont il n'a pas reçu lui-même ? Fini de jouer la victime qui attend de son père ce dont il ne peut pas lui donner. J'ai été le chercher ailleurs. Cela me permet aujourd'hui de prendre mon petit Alexandre par la main et de l'inviter à s'affirmer devant son père. A le regarder avec fureur, à lui dire "non". Je remets en cause sa loi et cela c'est le fripon qui le fait. Mon petit Alexandre intérieur a accepté le chantage pour garder l'amour, le soutien, la présence des autres autour de lui. Le chantage, c'était les coups (les baffes), les objets cassés (mon clavier de pc, cds qui ont volé par la fenêtre). Il a fait cela pour se protéger de la mort, de la folie. Subitement, je comprends pourquoi j'ai peur de m'affirmer devant un "supérieur hiérarchique", je comprends pourquoi j'ai peur de la police, je comprends pourquoi je contienais ma colère (j'ai un père qui s'"emporte" (son terme), qui ne maitrise pas sa colère, il est possédé comme si Wotan (dieu germanique, archétype même du terroriste) agissait en lui. Il la contient. Un jour la cocotte minute pète ...et après, il regrette son acte). Tout ces "pourquoi" trouve une réponse qui ne vient de je ne sais où et cela m'importe peu de savoir où. J'accepte le mystère
L'Alexandre à 23 ans refuse d'entrer à nouveau dans les chantages. Ca ne me convient plus. Cela s'est passé avant, cela s'est passé aujourd'hui. Je crois que cela ne va plus se passer et j'y veille ! Bon sang, je veux avec lui une relation de gratitude et non de dettes mêlée à de la culpabilité parce qu'il m'a donné ceci ou cela ! Je lui dois rien ! Je veux lui donner dans la gratitude. Je suis prêt à être présent à l'hôpital s'il est malade dans sa vieillesse, je suis prêt à accomplir certaines tâches : aller cherche médicaments et en même temps je veux faire ça dans la légèreté et le don gratuit. Il y aura une part de réciprocité en même temps, elle est choisie et non subie parce qu'une culpabilité est là derrière. Être dans la culpabilité, la dette, c'est lourd !


Selon mon analyste, la colère de mon père qui est disproportionnée par rapport aux faits vient du fait ... qu'il s'est ressenti comme enfant devant un parent qui ne bouge pas, qui est ferme dans son positionnement. Il projette alors je ne sais qui sur moi. Le "non" que je lui adresse, c'est un "non" qu'il a déjà reçu. Il a aussi parlé d'un complexe d'infériorité : mes études en psychothérapie font qu'il se sent inconsciemment dépassé pour je ne sais quelle raison. Tout cela se passe d'inconscient à inconscient. L'invitation que je vais faire à mon père : au lieu de dire "je retire ce que j'ai dit", je vais à l'inviter à réfléchir à cette question : "Pourquoi tu as dit et fait cela ?".

Quant à moi, je comprends pourquoi je suis plus dans le lien que dans le positionnement avec des figures paternelles. Me positionner face à mon père et donc dire "non", c'est risquer les coups, la violence, les objets cassés. Il ne veut pas que je me positionne car, c'est synonyme, pour lui de perdre le pouvoir, le contrôle, le rôle de parent. En me positionnant fermement devant lui, il régresse en 2 temps 3 mouvements ce qui peut être très pénible. D'où l'utilisation de la violence, du chantage pour garder le contrôle, la supériorité, le rôle de "parent".

Le fait que tu fasses des études en psychotherapie, et surtout que, si j'ai bien compris, tu sois en analyse, est une menace terrible pour ton père.
Menace inconsciente bien sur. C'est le cercle vicieux transgénérationnel que tu menaces de couper. Peur du père d'être détruit par son fils, et peur du fils d'être castré par son père, une répétition morbide dans lequel tu te retrouve comme un maillon d'une chaîne. Cette chaîne est menacée et, au "nom du père", tu opposes un "non du fils". Tout ça passera par une coupure, mais pour se détacher il faut parfois couper. Je te souhaite, pour toi, pour ton père, et pour tes futurs enfants, d'accepter la perte engendrée par cette coupure. C'est à ce prix qu'on devient entier.

Couper en effet ! Le cancer de la prostate qui traine depuis 3 générations successives (mon grand-père, mon arrière grand-père et mon arrière arrière grand-père) est un signe que quelque chose est régler : cela se transmet de génération en génération. Mon père est comme "fier" de se faire osculter pour voir s'il n'a pas des signes de ce cancer. C'est comme s'il était content de rester fidèle à la lignée peu importe les conséquences sur lui. C'est morbide un cancer et pousse vers la mort. Lui, il se sent joyeux de se sacrifier pour la lignée. Moi, je me sens joyeux de couper avec la lignée, d'être infidèle, d'être dans la ... vie. Je suis fier de dire à mon père "Moi je n'aurai pas ce cancer" et mon ressenti est léger après l'avoir dit.
Sexe en latin veut dire "coupé" je crois et la prostate est un organe qui intervient dans la sexualité de l'homme : c'est une valve. Quand le sperme sort, l'urine ne peut sortir et vice-versa. Elle secrète aussi le liquide séminal qui permet de nourrir les spermatozoides. Ce qui vient avec la valve, c'est le choix. Qui dit choix dit renoncement. Concernant la nourriture des spermatozoides, c'est la capacité à nourrir une masculinité, à s'y affirmer et à être fécond (au sens spirituel du terme).

Mon père et mon grand-père ont tout 2 un métier où ils ont autorité (chef de banque et prof). Ils n'ont pas témoigné de créativité.

# Posté le lundi 08 septembre 2008 18:38

Fonction, sens, reliance

<< L'individuation est bien sûr une notion très vaste et très complexe. Mais les images archétypiques qui sont produites au cours de ce processus semblent tourner autour de trois questions essentielles : la question de sa fonction, de la reliance et du sens.

La question de sa fonction concerne nos origines et notre rôle dans le monde. Cette question gravite autour de la connaissance de soi et du rôle que nous allons occuper dans la grande Histoire. Elle rejoint le complexe du moi et les archétypes de la persona et de l'ombre, soit le masque social et son opposé.

La deuxième question essentielle de l'individuation est celle de la reliancec'est à dire avec qui vais-je vivre mon histoire, de qui vais-je m'entourer pour réussir ma quête. Elle nous pousse à nous demander comment composer avec l'Autre, tant à l'extérieur que l'Autre en moi qui est désigné par les archétypes de l'Anima et de l'Animus. Cette question concerne notre rapport aux opposés.

Finalement la question du sens, c'est à dire la cohérence de notre histoire, nous stimule à intégrer en un tout créateur l'ensemble des différents aspects de notre mythe. Cette question correspond à la question de l'archétype du Soi.

Peu importe ce qui nous arrive dans la vie, nous avons à répondre à trois grandes questions. Qui suis-je et que vais-je faire de ma vie? Où suis-je et avec qui? Et finalement pourquoi, dans quel but le faire? [...]>>

Jean-François Vézina, "Divinités d'aujourd'hui" ( ouvrage collectif, La Vouivre )

# Posté le lundi 08 septembre 2008 12:47

L'handicap, la relation "vieux/jeune", l'autre l'handicapé, le malade ???

L'handicap, la relation "vieux/jeune", l'autre l'handicapé, le malade ???
Je voudrais vous parler aujourd'hui d'une image, d'une image archétypique: celle de l'invalide.
Identité: «Qui suis-je? Qui j'imagine?» Surtout quand je suis handicapé.
Le regard interrogé pose un autre problème: pas tellement comment me voient les autres, mais comment je me vois dans leur regard!



L'étymologie du mot français guérir renvoie au germanique *warjan qui signifie «protéger», dans le sens de «garder entier», d'où l'anglais whole. Dans les langues slaves, cjeliti (guérir) signifie littéralement «rendre entier». Tous les progrès et toutes les techniques de la médecine ne pourront jamais rendre l'individu absolument entier, car ils ne peuvent le préserver entièrement des maladies et de leur but final, la mort. Le problème essentiel est en fait de savoir comment intégrer notre invalidité fondamentale à notre existence.

Le «démon de l'invalidité» est une image archétypique. Comme toutes les images archétypiques, elle exerce une fascination de nature religieuse (au sens large de ce terme). Pensez simplement à la vieille superstition qui consistait à croire que toucher la bosse d'un bossu portait bonheur!
De plus, depuis des temps historiques (sans qu'on puisse, à l'heure actuelle, expliquer rationnellement ce phénomène), toute image archétypique se présente comme double, comme une complexio oppositorum (coïncidence des opposés), comme disaient les anciens alchimistes: l'image de la «mère» est inconcevable sans l'image de l'«enfant»; ou celle du «vieillard» sans celle de l'«enfant», etc. Il y a généralement identification du «moi» avec l'un des pôles de l'image archétypique et projection du pôle opposé sur autrui. «Je suis un jeune branché et toi, t'es un vieux schnock.» Et vice-versa: «Je suis un homme plein d'expérience et de sagesse et toi, tu n'es qu'un jeune con.» Cela peut s'exprimer évidemment de manière plus drastique: «Tu ne connais rien à la vie; t'as encore rien vécu!» Réponse: «T'es vraiment un vieux ringard, tu connais rien à la vie actuelle!» Ce dont les deux ne se rendent pas compte, c'est qu'ils ont tous les deux raison (et tort!). Car dans tout enfant, il y a un vieillard qui sommeille; et dans tout vieillard, il y a aussi un enfant qui guette!
Prenons un autre exemple. Ce qui sous-tend la vocation médicale est sans doute l'image archétypique du «guérisseur blessé». Dans le rituel chamanique, le futur chaman doit s'infliger une blessure mortelle et s'en guérir. Autrement dit, dans tout médecin, il y a un malade qui s'ignore. Mais si le médecin s'identifie totalement au pôle guérisseur, il projettera forcément le pôle «malade» sur ses patients. Il reste le sain et ses patients restent les malades. Et la relation thérapeutique reste bloquée. Pour qu'elle se débloque, il faut que le médecin reconnaisse (et intègre!) son «malade» intérieur (qui est d'ailleurs à l'origine de sa vocation). Alors seulement, le «guérisseur» intérieur du patient peut être reconnu et intégré, et dès lors, entrer en action. Tous les médecins un peu avisés savent que s'il n'y a pas un minimum de collaboration du patient dans sa guérison, il n'y aura pas de vraie guérison.
Un autre exemple encore. Ce qui sous-tend la vocation professorale (enseignante) est sans doute l'image archétypique du «savant ignare». Le maître sait, le disciple ignore. Mais si le maître s'identifie au savoir, le disciple restera toujours ignare. Et tout l'effort pédagogique restera stérile. Il faut que le maître reconnaisse et intègre son «potache ignorant» intérieur (qui pourrait peut-être apprendre aussi quelque chose de son élève apparemment ignare et qui est également à l'origine de sa vocation), pour que la relation pédagogique devienne féconde. Car il faut que le «savant» inconscient soit éveillé chez le disciple, pour que le disciple puisse désirer savoir, désirer devenir comme le maître, c'est-à-dire, savoir. Le mot latin studere (étudier) signifie à l'origine «désirer». Je pense que c'est dans ce sens qu'il faut comprendre d'ailleurs l'idée de Freud suivant laquelle toute curiosité intellectuelle chez l'enfant est au départ une curiosité sexuelle. Il n'y a que les imbéciles qui puissent prendre cette idée au pied de la lettre!
Eh bien, il n'en va pas autrement de l'image archétypique de l'invalide intègre. Avec cette différence que si l'ignorance et la maladie ne sont pas toujours visibles, l'invalidité concrète est toujours très visible. Cela confère au clivage invalide/intègre une radicalité encore plus intense. «Lui, il est malade, moi je suis en bonne santé, mais... je pourrais devenir malade.» - «Lui, il est sourd (ou aveugle), moi j'entends (je vois); je ne pourrais devenir sourd (aveugle) que moyennant des circonstances vraiment exceptionnelles.»
L'invalidation est un processus vital qui prend naissance... à la naissance. Le vieillissement n'est d'ailleurs rien d'autre qu'un processus d'invalidation progressive.
L'image archétypique de l'invalide se présente comme l'action d'un manque (défaut) corporel, spirituel ou psychique. Elle agit donc chez tout le monde; pas seulement chez ceux qu'on appelle les «handicapés». Comme nous l'avons relevé dans les exemples précédents d'images archétypiques, les handicapés concrets sont précisément l'objet de la projection de notre image archétypique intérieure de l'invalide sur ces invalides autres qui nous garantissent dès lors l'illusion de notre intégrité. L'image archétypique de la santé en tant qu'intégrité corporelle ou spirituelle est donc nécessairement tronquée de son opposé, la maladie et l'invalidité, et donc une illusion.

Vis-à-vis du phénomène de l'invalidité, deux attitudes psychologiques sont possibles. Soit (attitude volontariste occidentale) on essaie de surmonter, de vaincre l'handicap; soit (attitude plus accueillante, plus «bouddhisante») on essaie de l'intégrer comme quelque chose qui appartient à notre être (existence).
Là-dessus, la mythologie (qui reste sans doute une sorte de mémoire de la sagesse de l'espèce humaine) nous donne des indications fort précieuses.
Héphaïstos, le dieu forgeron de la foudre de Zeus, est laid et a un handicap aux pieds: soit il a un pied bot, soit (suivant d'autres traditions) il a les pieds tournés dans l'autre sens que la tête: on ne sait jamais s'il avance ou s'il recule, cela dépend du point de vue (de la tête ou des pieds). Mais, mais... il est l'époux officiel d'Aphrodite, déesse de la beauté et de l'amour. Les opposés se rejoignent... Achille, fils de déesse et invulnérable, avait son talon mortel. Les dieux germaniques, n'en parlons pas: la plupart des éclopés! De même que les figures divines précolombiennes, figures souvent grotesques et disloquées. Pensez au capitaine Crochet, à Quasimodo dans «Notre-Dame de Paris» de Victor Hugo, aux gargouilles des églises gothiques! Là, ce qui est important, c'est que l'invalidité fondamentale de l'être humain a été sublimée, spiritualisée, élevée au rang divin.
L'image archétypique de l'invalide n'est pas à confondre avec celle de l'enfant, bien que l'enfant soit représenté dans plusieurs cultures comme un invalide (infans = celui qui ne parle pas; dans la langue chinoise: «l'emmailloté», celui qui n'a pas de pieds; en grec, en latin, assimilé à l'esclave; dans les langues ouro-altaïques, assimilé au serviteur, garçon de ferme, etc.). Mais l'image de l'enfant comporte une idée de développement, de futurition, de libération. L'invalidité n'évolue pas. C'est ce qu'il y a de plus permanent en nous. Elle n'est pas à confondre non plus avec la maladie. La maladie peut être passagère, invalidante, mortelle, mais elle est toujours en mouvement. L'invalidité, par contre, est un état chronique de manque en opposition avec l'image (tout aussi) archétypique de la santé parfaite. On pourrait l'illustrer aisément par le cas de celui qui se plaint tout le temps, opposé à celui qui se vante tout le temps de sa santé parfaite.

L'image archétypique de l'invalidité ne comporte pas que des aspects négatifs. Elle nous incite à la modestie, à la prise de conscience de notre fragilité, elle nous pousse à la spiritualisation, parce que la fuite dans la santé absolue du corps n'est plus possible. Elle nous initie aussi à l'humanisme véritable: la santé absolue et l'intégrité appartiennent aux dieux. Quod licet Iovi non licet bovi! Elle est importante aussi pour une autre conception de la relation en tant que prise de conscience de l'interdépendance humaine opposée à l'idée d'une indépendance absolue de l'individu qui n'existe pas et qui reste malheureusement un des chevaux de bataille d'un certain nombre (un nombre certain!) de psychothérapies. L'image archétypique de l'invalidité est aussi un puissant antidote contre l'image tout aussi archétypique du héros absolu (derrière laquelle se cache la pulsion de la toute-puissance!).
En psychanalyse, on a tendance aussi à voir une dépendance transférentielle très prolongée comme un phénomène infantile, en vertu de la définition freudienne du transfert comme projection des images parentales précoces sur l'analyste. Mais justement, on oublie souvent de se poser la question de l'origine exacte de la persistance acharnée de cette projection. Il se pourrait en effet que les «transferts interminables» soient dus aussi, non à l'impossibilité de «grandir», mais à l'invalidité psychique; que l'analyste y soit une sorte de «béquille irremplaçable». C'est pour cette raison que A. Guggenbühl, dans son livre sur les psychopathies (Les déserts de l'âme), écrivait avec raison que le but de la thérapie ne pouvait y être l'indépendance totale.
Il va de soi que le prodigieux progrès médical de notre temps se conjugue aussi quasi nécessairement avec le refoulement de l'image archétypique de l'invalide. Celui qu'on considérait comme une personnalité mélancolique à l'époque du romantisme est traité aujourd'hui par des médicaments, tout comme une bête angine est traitée par des antibiotiques. Les souffrances de l'âme (le mot psycho-patho-logie ne veut-il pas dire finalement, à l'origine, «discours sur les souffrances de l'âme»?) sont devenues de vulgaires affections. C'est bien dans ce sens que le grand philosophe Romano Guardini ouvre son magnifique opuscule sur la mélancolie par ces mots: «La mélancolie est quelque chose de trop douloureux, elle s'insinue trop profondément jusqu'aux racines de l'existence humaine pour qu'il nous soit permis de l'abandonner aux psychiatres.» Par le cheminement inverse, le psychiatre et penseur allemand Hubertus Tellenbach est arrivé à une conclusion semblable dans son ouvrage La mélancolie (1961). Aussi, l'archétype refoulé de l'invalide submerge-t-il par compensation notre vie actuelle de façon insidieuse: au moindre «accroc», à la moindre blessure, dans notre vie sociale, professionnelle ou affective, nous nous réfugions dans une sorte d'invalidité plus ou moins prolongée (certificats de maladie, d'incapacité de travail, etc.), quand ce ne sont pas les pré-pensions dont on parle tellement ces derniers temps.
Alfred Adler, un disciple (et dissident!) de Freud, injustement oublié, a tenté de comprendre le sens de l'existence humaine précisément à partir de l'image archétypique de l'invalide. Son idée de l'infériorité d'organe (qui l'a brouillé avec Freud), d'un déficit fondamental avec lequel naît tout enfant humain, se rattache pour nous à l'image archétypique de l'invalide. «Ne devrions-nous pas, nous, analystes, nous comprendre comme des prêtres de l'archétype de l'invalidité?»

Pour ce qui est du regard interrogé, il me paraît évident qu'il comporte une profonde ambiguïté. Quand on aperçoit un handicapé (on préfère cet euphémisme anglais aujourd'hui au terme d'invalide, qui veut dire exactement la même chose: à croire qu'«américaniser» la chose la rend plus supportable! Après «les malentendants» et les «malvoyants», à quand «les moins vivants» pour dire «les morts»?), on a spontanément (?) le désir de lui venir en aide. Peut-être, d'ailleurs, pas si spontanément que cela, sinon le législateur n'aurait pas cru nécessaire de poursuivre légalement la non assistance aux personnes en danger. Peut-être qu'instinctivement l'assistance ne va pas de soi. Ce n'est pas très darwinien (struggle for life), ni nietzschéen, l'assistance. Et, vu d'un point de vue psychanalytique, le besoin de venir en aide à un invalide est peut-être aussi une manière de se déculpabiliser de ne pas être invalide...
Mais il y a ambiguïté aussi chez l'invalide. Il y a, certes, la recherche désespérée de «la béquille» auprès d'autrui; mais il y a aussi la fierté narcissique d'être autre, différent, de sortir du lot des «valides».

Concluons. Si l'invalide réussit à intégrer son manque dans son existence et si le «non invalide» accepte qu'il l'est toujours quand même quelque part (même s'il le refoule généralement), l'invalide pourra peut-être être intégré dans la société des hommes comme un être à part entière (finis les fours crématoires pour «les inutiles de la société» et vivent leurs facilités d'accès dans la cité!). La formule pourrait s'énoncer, dans le chef de l'invalide: «Je suis différent, et pas différent en même temps, parce qu'à toi, le valide, il te manque aussi quelque chose de fondamental, mais tu ne t'en rends pas toujours compte comme moi, qui y suis obligé.» Et c'est là sans doute que gît le secret de l'identité de l'invalide: l'acceptation de l'invalidité devient alors la possibilité d'une créativité.

(*) Antoine Pinterovic est psychanalyste Jungien. Ce texte reprend le contenu de son intervention lors du café citoyen organisé par l'asbl handiplus en 2004, « IMAGE, IDENTITÉ, DIFFÉRENCES ET HANDICAPS, LE REGARD INTERROGÉ »

# Posté le lundi 08 septembre 2008 12:24

Modifié le samedi 21 février 2009 15:50

Retour à l'innocence

Pour Toa ... pour garder cette connexion avec l'innocence ...
Pour vous qui traversez des deuils, puisse ces paroles et cette chanson vous accompagner dans cette traversée de la mort ... de traverser pour sentir la Vie dans la Mort et être vivant jusque dans la Mort !



Ce n'est pas le début de la fin
C'est le retour vers toi-même
Le retour vers l'innocence

(Amour - Dévotion
Sensation - Emotion)

Amour - Dévotion
Sensation - Emotion

N'ai pas peur d'être faible
Ne sois pas trop fier d'être fort
Regarde juste à l'intérieur de ton coeur mon ami
Ce sera le retour vers toi-même
Le retour vers l'innocence

Si tu veux, alors commence à rire
Si tu le dois, alors commence à pleurer
Sois toi-même ne te caches pas
Crois juste au destin

Ne fais pas attention à ce que les gens disent
Suis seulement ton propre chemin
Ne renonce pas et utilise la chance
Pour retourner vers l'innocence

(Ne fais pas attention à ce que les gens disent
Suis seulement ton propre chemin (x2)
Ne renonce pas (x2)
Pour retourner, pour retourner vers l'innocence)

(Si tu veux alors ris
Si tu dois alors pleure
Sois toi-même ne te cache pas
Crois juste au destin

# Posté le lundi 08 septembre 2008 06:38